Ce qu’il faut retenir des mois de juin, juillet et août
Canicule : 1 243 « morts en excès » en juillet, la France cumule 52 jours de vagues de chaleur depuis mi-juin, un record absolu
Santé publique France a recensé 1 243 décès toutes causes en excès (+9,2 %) entre le 3 et le 22 juillet, dans 78 départements représentant 78,5 % de la population. Les trois quarts concernent les plus de 75 ans, et le signal le plus marqué se situe à domicile. Pays de la Loire est la région la plus touchée (236 décès, +21,4 %). En cumulant cet épisode avec celui de juin (5 764 morts) et de mai (300 morts), le bilan provisoire atteint 7 267 décès en excès depuis fin mai. Météo-France confirme que juillet 2026 est le mois le plus chaud enregistré depuis 1900, et le pays totalise 52 jours de canicule depuis la mi-juin, un cumul inédit, loin devant 2022 (33 jours) et 2003 (22 jours).
Ce bilan alimente une forte bataille politique, le gouvernement étant accusé d’impréparation par les oppositions, en attendant un bilan définitif en octobre. Au-delà de la polémique, l’ampleur et la répétition des épisodes obligent à revoir en profondeur les dispositifs de prévention, d’alerte et de prise en charge à domicile des personnes âgées.
Cnam 2027 : 38 % des assurés concentrent 63 % des remboursements, 3,9 Md€ d’économies visées
Le rapport Charges et Produits 2027 de l’Assurance Maladie, qui rassemble 40 propositions, vise à ramener l’évolution des dépenses au rythme de la richesse nationale d’ici 2030, soit 3,9 milliards d’euros d’économies par an, alors que le déficit de la branche maladie atteindrait 15,9 Md€ en 2025. Bâtie sur les données de 67,6 millions d’assurés, la cartographie des pathologies révèle que 38 % de la population concentre 63 % des remboursements. Parmi les mesures phares : priorité aux génériques/biosimilaires pour les molécules onéreuses, financement de la vaccination à l’hôpital, extension du Nutri-Score, et surtout l’entrée des systèmes d’aide à la décision médicale (SADM) dans le champ du remboursement, ainsi que l’expérimentation de nouveaux outils d’IA anti-fraude après 723 M€ de préjudices stoppés en 2025.
Ces propositions doivent nourrir le PLFSS 2027 et le prochain accord-cadre sur les médicaments. La logique change de nature : il ne s’agit plus de réduire les dépenses partout, mais de cibler précisément populations et parcours.
Règlement IA : le 2 août 2026, les obligations de transparence entrent en vigueur ; le volet « haut risque » repoussé à 2027-2028
Le 2 août 2026 marque une date-pivot de l’AI Act : les obligations de transparence (article 50) s’appliquent (information sur l’interaction avec une IA, marquage des contenus synthétiques, divulgation des deepfakes) appuyées par des lignes directrices et un Code de bonnes pratiques signé par plus de 180 organisations. En revanche, faute de normes harmonisées prêtes, le règlement « Digital Omnibus » a reporté les obligations relatives aux systèmes à haut risque à décembre 2027 et août 2028. Les sanctions peuvent atteindre 15 M€/3 % du CA pour la transparence, jusqu’à 35 M€/7 % pour les pratiques interdites. En France, la gouvernance reste en construction : aucune autorité nationale n’est encore formellement désignée, la CNIL se positionnant comme acteur central pour les systèmes traitant des données personnelles.
Les éditeurs de solutions d’IA en santé (chatbots, générateurs de contenu, dispositifs interactifs) doivent se mettre en conformité dès maintenant sur la transparence, sans attendre le répit offert sur le haut risque. L’incertitude sur les autorités compétentes françaises complique toutefois l’anticipation des contrôles.
Télésurveillance cardiaque : la CNEDiMTS valide le remboursement de la plateforme Implicity IM009
La Commission nationale d’évaluation des dispositifs médicaux (CNEDiMTS) a rendu un avis favorable à l’inscription de la télésurveillance IMPLICITY MCI (IM009) sur la liste des activités remboursables. Le dispositif s’adresse aux patients porteurs d’un moniteur cardiaque implantable, suivis pour des syncopes inexpliquées récidivantes ou pour des accidents ischémiques cérébraux dont l’origine n’a pas été identifiée malgré un bilan complet. Les indications reprennent celles déjà ouvrant droit au remboursement du moniteur lui-même sur la LPPR.
Cette inscription ouvre un financement pérenne pour le suivi à distance en cardiologie et conforte le cadre de la télésurveillance médicale (article L. 162-52 du code de la sécurité sociale). Elle constitue un signal positif pour d’autres fabricants de dispositifs connectés cherchant une reconnaissance similaire par l’Assurance Maladie.
SecNumCloud dans la santé : cinq éditeurs chiffrent le surcoût de migration entre 20 % et 50 %
Alan, Doctolib, Implicity, Lifen et Resilience Care ont interpellé le cabinet d’Anne Le Hénanff et la DGE : ils redoutent que la qualification SecNumCloud s’impose de fait dans les appels d’offres hospitaliers, alors qu’aucun texte ne l’exige, seul l’hébergement certifié HDS est obligatoire. Les cinq entreprises estiment le coût d’une migration entre 20 % et 50 %, avec un risque de mobiliser leurs équipes d’ingénierie au détriment du développement de nouveaux services, notamment d’IA. Le gouvernement leur a répondu que la qualification ne deviendra pas une obligation générale, et une réunion est programmée.
L’issue de ce dialogue conditionnera l’accès aux marchés publics hospitaliers pour l’ensemble des éditeurs de santé numérique. Le collectif plaide pour un alignement sur le futur règlement européen CAIDA plutôt que sur une doctrine strictement française, posant frontalement la question de la souveraineté numérique en santé.
IA en santé : l’Assurance Maladie lance une mission de cadrage pour un assistant conversationnel sur Ameli
Pilotée par Stéphanie Allassonnière, Laurent Cytermann et Aymeril Hoang, cette mission évaluera les besoins des usagers, le cadre éthique et juridique, l’acceptabilité et les choix techniques d’un futur assistant d’IA générative sur la plateforme Ameli. Le rapport est attendu fin septembre 2026.
Cette initiative illustre la volonté de l’Assurance Maladie de déployer l’IA générative directement au contact des usagers, dans un contexte où la confiance du public envers ces outils reste fragile, un enjeu que les conclusions de la mission devront adresser avant tout déploiement.
Protection sociale : 4 experts missionnés pour en refonder le financement, avec un volet IA et vieillissement
Emmanuel Macron a chargé quatre experts : Pierre Ricordeau (Cades), Marianne Kermoal-Berthomé (Caisse des dépôts), Hippolyte d’Albis et Alexandra Roulet (économistes), de proposer des scénarios de refonte du financement de la protection sociale d’ici fin 2026, en intégrant le vieillissement, la dépendance, la transition numérique et l’IA, ainsi que l’équité entre générations.
Leurs conclusions pourraient redessiner l’architecture de financement de la Sécurité sociale et nourrir les prochains textes budgétaires, à un moment où la trajectoire des dépenses de santé est déjà sous tension.
Cybersécurité : Bruxelles saisit la CJUE contre la France pour non-transposition de NIS2
Vingt mois après l’échéance, la Commission européenne a saisi la Cour de justice de l’UE contre la France pour défaut de transposition de la directive NIS2, qui impose de nouvelles exigences de gestion des risques cyber et de déclaration d’incidents à près de 15 000 entités dans 18 secteurs critiques, dont la santé. Plusieurs États membres ont déjà finalisé leur transposition.
La France s’expose à des sanctions financières, et les établissements de santé restent dans l’incertitude sur le calendrier précis de renforcement de leurs obligations cyber, un flou qui n’empêche pas de s’y préparer dès maintenant, tant la pression réglementaire est appelée à s’intensifier.
Healthtech française : 940,6 M€ levés au premier semestre 2026, déjà le double de 2025, mais l’IA ne pèse plus que 3,4 %
Les entreprises françaises du numérique en santé ont levé 626,6 M€ au deuxième trimestre, le troisième meilleur total trimestriel depuis 2016, portant le cumul du semestre à 940,6 M€, près du double des 447,6 M€ levés sur toute l’année 2025. Ce montant reste toutefois très concentré : Alan capte à lui seul 480 M€, soit 76,6 % du total (médiane à 15,4 M€ contre une moyenne de 62,6 M€). Fait notable, la part des montants fléchés « IA » chute à 3,4 %, contre 58,6 % en 2025.
Le marché du financement se redresse mais reste très concentré sur quelques opérations. Le recul apparent de l’IA doit être nuancé : de nombreuses solutions, comme Alan, intègrent de l’IA sans être classées comme telles, un signe que la technologie se banalise plus qu’elle ne recule.
Réglementaire
Aide à mourir : la loi, publiée au Journal officiel, créant un droit à l’aide à mourir a été publiée le 19 août, après validation par le Conseil constitutionnel malgré cinq saisines. Elle ouvre ce droit, sous conditions strictes (majorité, affection grave et incurable, souffrance insupportable, discernement), à un cercle encore restreint de pays comparables (Belgique, Pays-Bas, Suisse, Canada). Des décrets d’application restent attendus avant toute mise en œuvre concrète. Le texte, issu d’une convention citoyenne, a ravivé de profonds clivages, notamment religieux et parmi certains soignants, qui pourraient ressurgir au moment de l’application pratique du texte par les établissements et les professionnels de santé.
CNIL : les méthodologies de référence MR-001 et MR-003 mises à jour
La CNIL a actualisé ces référentiels encadrant la recherche en santé, avec deux nouvelles annexes dédiées à la sécurité et au contrôle qualité. Elles couvrent notamment les études à l’étranger, l’information dématérialisée et le contrôle qualité à distance. Les mesures de sécurité s’appliquent aux recherches initiées depuis le 23 mai 2026, avec un délai de mise en conformité jusqu’à mai 2027 pour les recherches en cours, et une authentification multifacteur obligatoire dès 2027-2028. En toile de fond, 547 violations de données ont été notifiées dans le secteur santé en 2024, contre 16 en 2018, une hausse qui justifie ce renforcement du cadre.
Institution & politique
48 % des Français utilisent déjà l’IA pour s’informer sur leur santé : la HAS, la CNIL et France Assos Santé publient leurs repères
Le 18 juin, ces trois institutions ont diffusé un flyer et une FAQ pour aider le grand public à utiliser l’IA générative en santé sans risque, alors que 46 % des adultes jugent difficile de trouver une information fiable en ligne. Les recommandations insistent sur la vérification des sources, la protection des données personnelles et le rappel que seul un professionnel peut poser un diagnostic. Ce cadrage grand public répond à un usage déjà massif mais mal maîtrisé, et pourrait devenir une référence pour d’autres campagnes de littératie numérique en santé à venir.
L’EMA et l’EISMEA renforcent leur coopération réglementaire pour les innovateurs de santé
Trois quarts des entreprises financées par le Conseil européen de l’innovation (EIC) déclarent mieux connaître les dispositifs d’accompagnement réglementaire de l’EMA grâce aux formations conjointes, et 95 % réutiliseraient ces dispositifs. Le nouvel accord prévoit conseil, formation et veille sur les technologies émergentes. Cette intervention plus précoce dans le cycle de développement doit réduire l’incertitude réglementaire pour les start-up et accélérer le passage de la découverte scientifique à des solutions accessibles aux patients.
La FHF plaide pour une IA en santé pilotée par l’hôpital public
Dans une tribune aux Échos, le président de la FHF Arnaud Robinet défend l’idée que l’hôpital doit rester « maître d’ouvrage » des déploiements d’IA, et non simple consommateur de technologies, pour en garantir l’éthique, la fiabilité et la souveraineté. Cette prise de position, après un an de travaux de la Commission IA de la fédération, pourrait peser dans les débats sur la gouvernance des futurs déploiements d’IA hospitaliers.
Cybersécurité
Le CEPD demande une base légale pour le partage d’informations entre régulateurs européens
Réuni à Dublin, le Comité européen de la protection des données a appelé la Commission à faciliter l’échange d’informations confidentielles entre autorités, face à la hausse des plaintes liées à l’IA qui sature les ressources des autorités de protection des données. Des opérations conjointes et une mutualisation des moyens sont envisagées, notamment pour les dossiers de grande ampleur.
Le CERS alerte sur un risque cyber systémique pour la finance lié aux IA de pointe (un signal transposable à la santé)
Le Comité européen du risque systémique estime que les modèles d’IA les plus avancés (FAIM) peuvent réduire de plusieurs semaines à quelques heures le délai pour exploiter une vulnérabilité informatique, en s’appuyant notamment sur des résultats montrant une progression spectaculaire des capacités offensives de ces modèles en quelques mois. Des accès contrôlés (Project Glasswing d’Anthropic, Daybreak d’OpenAI) tentent de limiter les risques, mais l’accès au programme d’Anthropic a depuis été suspendu par des restrictions américaines à l’export. Le CERS souligne aussi la dépendance stratégique de l’Europe, où Mistral reste le seul fournisseur de premier plan.
Bien que centrée sur le secteur financier, cette alerte est directement transposable aux infrastructures de santé, également critiques et de plus en plus numérisées : elle appelle à une réponse coordonnée à l’échelle européenne et à une vigilance sur la gestion des vulnérabilités dans les mois à venir.
Industrie
Ramsay Santé lance son premier entrepôt de données de santé, financé sans soutien public
Déclaré conforme au référentiel CNIL en mai 2026, ce dispositif agrège des données pseudo-anonymisées couvrant tout le parcours de soins, de la ville à l’hôpital. Une première étude porte sur plus de 70 000 patients suivis pour des prothèses aortiques dans huit centres chirurgicaux. Le déploiement se fera en plusieurs étapes, avec une intégration d’une vingtaine d’établissements MCO prévue au premier trimestre 2027. Ce projet positionne un acteur privé, jusqu’ici absent de ce type d’infrastructure généralement portée par les CHU publics, comme contributeur potentiel du Health Data Hub et des études en vie réelle à grande échelle.
Financement santé : l’Europe ne compte qu’une demi-douzaine de fonds capables de tickets de plus de 300 M€
Lors du HealthTech Acceleration Summit, investisseurs et industriels ont pointé un rapport de financement d’environ 1 à 10 entre l’Europe et les États-Unis, où 40 à 50 fonds peuvent déployer de tels montants. Plus de 200 dirigeants ont signé une lettre ouverte réclamant une mobilisation de capitaux publics et privés, tandis que le règlement européen sur les dispositifs médicaux (MDR) a multiplié par 10 à 30 les budgets réglementaires de certains fabricants, poussant des start-up à se tourner vers les États-Unis. La Chine, elle, est passée de 8 % à 38 % des essais cliniques mondiaux en moins de dix ans, renforçant la pression concurrentielle sur un écosystème européen déjà fragilisé par le manque de capitaux disponibles.
Études
Une IA assiste les médecins dans la rédaction des résumés d’hospitalisation (JAMA Network Open)
Une étude prospective de Stanford Health Care, publiée le 27 mai, montre que les médecins ont intégré les propositions d’un outil d’IA générative (Draft Clinical Documentation) dans 57 % des comptes rendus finaux, sur 1 274 brouillons générés pour 384 sorties d’hospitalisation. Parmi les résumés évalués en détail, 25 omissions, 20 inexactitudes et seulement 2 hallucinations ont été relevées, sans dommage grave identifié. Le score de burn-out des médecins s’améliore significativement, même si le gain de temps reste modeste. Ce résultat conforte l’idée qu’une IA bien encadrée peut soulager la charge administrative des soignants sans compromettre la sécurité, mais les omissions restent le principal défi à corriger avant un déploiement à plus grande échelle.
Un vaccin conçu intégralement par IA cible plusieurs coronavirus à la fois
Des chercheurs de Cambridge et Southampton ont développé, via apprentissage automatique, un « super-antigène » synthétique capable de déclencher une réponse immunitaire large contre toute une famille de sarbecovirus, plutôt que contre une souche unique. Administré sans aiguille par jet microfluidique, il a montré une bonne tolérance sur 39 volontaires en phase 1, sans signal de sécurité. Une phase 2 est en préparation pour confirmer sa capacité à induire une réponse immunitaire élargie. Cette approche marque une rupture avec le modèle vaccinal réactif actuel et pourrait, si elle se confirme, offrir une protection anticipative face à de futurs variants ou pathogènes encore inconnus.
En bref
- E-notice de l’ANSM : campagne digitale lancée le 8 juillet pour promouvoir la notice numérique par QR code, expérimentée sur 590 médicaments jusqu’à fin 2027, avec le soutien de Dr.Good! et une vidéo du Dr Michel Cymès.
- QoLibri (Novesia) : la CNEDiMTS refuse le financement anticipé (PECAN) de cette thérapie numérique contre la douleur chronique, jugeant les données disponibles encore insuffisantes malgré une approche jugée cohérente.
- Hôpitaux publics : le déficit recule mais reste élevé, à 2,1 % des recettes en 2025 selon la Drees, porté par la hausse de l’activité (hospitalisation à domicile, urgences +0,8 %) et des effectifs (+1 %).
- Internat 2026 : 10 260 postes d’internes seront ouverts en novembre, soit +15 % sur un an, avec de fortes hausses en pédiatrie, médecine d’urgence, gériatrie et psychiatrie.
- Doctolib lance un laboratoire de recherche en IA clinique avec l’Inria, l’Inserm et l’Université Paris Cité, pour développer des outils d’aide à la décision médicale à partir de données de santé pseudonymisées.
Nominations
Levées de fonds et opérations de l’été 2026 en santé numérique : six opérations allant de 7 millions à 920 millions d’euros
Plus grosse opération
Total levées affichées : 195 M€ (+18 M$)

