23 juillet 2026 Nabil Bouamama

Les États généraux de la bioéthique 2026 anticipent une transformation de la relation de soin sous l’effet des outils numériques et de l’IA. Le rapport invite à encadrer ce qui leur est délégué, à envisager un consentement dynamique et à élargir le soin aux déterminants sociaux et environnementaux de la santé.

Le développement du numérique et de l’IA ne doit pas conduire à une « dépossession » des qualités humaines, relationnelles et cliniques du médecin. C’est l’un des enseignements que tire le Comité consultatif national d’éthique (CCNE) des États généraux de la bioéthique 2026, dont le rapport de synthèse a été publié.

Au-delà de l’encadrement des technologies, le rapport inscrit leur développement dans une évolution plus large de la conception de la santé. Les contributions citoyennes et expertes invitent à rapprocher les enjeux liés à l’IA et au numérique de ceux de la sobriété, de l’environnement et du climat. Cette approche de « santé globale », qui rejoint le concept de « One Health », conduit à ne plus envisager la santé sous le seul angle curatif et à prendre davantage en compte la prévention et les déterminants de santé.

L’IA, nouvel intermédiaire de la relation de soin

Les États généraux font ressortir des appels à consolider l’alliance entre le soignant et le soigné. Les besoins des patients ne relèvent pas uniquement du diagnostic et du traitement : ils englobent aussi l’écoute, la reconnaissance, l’accompagnement et le soutien.

L’introduction du numérique et de l’IA vient modifier cette relation, les outils et terminaux technologiques étant amenés à jouer un rôle d’intermédiaire entre professionnels de santé et patients. Dans ce contexte, le rapport estime que le rôle du médecin doit s’étendre vers l’accompagnement des personnes tout en résistant à une protocolisation du soin et à une perte de ses dimensions humaines, relationnelles et cliniques.

Le principe avancé est que les tâches déléguées à l’IA ne doivent pas porter atteinte au soin ni à la relation de confiance entre le professionnel et le patient.

Cette évolution intervient alors que la formation médicale intègre déjà des enseignements d’éthique et de sciences humaines destinés à aider les futurs médecins à appréhender les dimensions existentielles et sociales rencontrées en consultation, qui ne peuvent recevoir une réponse médicamenteuse. Le CCNE estime que les enjeux liés à la précarité et au dérèglement climatique appellent aussi à articuler la médecine avec les humanités médicales et environnementales.

Vers un consentement dynamique face aux usages des données

La transformation technologique du système de santé conduit également les États généraux à interroger les conditions dans lesquelles les patients donnent leur consentement. Les progrès médicaux et techniques, ainsi que l’apparition de nouvelles situations de vulnérabilité, conduisent à réexaminer les contours du consentement libre et éclairé.

Le rapport soulève plusieurs questions : comment consentir à un soin lorsque celui-ci s’inscrit dans un écosystème technique élargi ? Comment encadrer le consentement à l’utilisation d’une innovation ? Comment un patient peut-il consentir à des usages futurs de ses données de santé qu’il ne connaît pas encore, ou à de nouvelles utilisations de ses cellules dans le cadre de la recherche ?

Les États généraux évoquent dans ce contexte la possibilité de formes de « consentement dynamique ». Le principe consiste à considérer qu’un consentement accordé à un moment donné ne vaut pas automatiquement assentiment pour d’autres actes ou usages futurs.

Cette réflexion s’inscrit dans une évolution du modèle français de bioéthique, historiquement fondé sur la dignité, la liberté et la solidarité. Le rapport y associe la question de l’autonomie et mobilise le concept de « capabilité », développé notamment par l’économiste Amartya Sen : au-delà de la reconnaissance formelle d’un droit ou d’une liberté, il s’agit de considérer la possibilité réelle pour une personne de l’exercer.

Des collectifs de soins élargis autour du patient

La transformation de la relation de soin pourrait également conduire à dépasser le seul « colloque singulier » entre médecin et patient. Dans une approche de santé globale, le CCNE interroge la place à donner à une organisation plus pluridisciplinaire, capable de prendre en compte les déterminants de santé, qu’ils relèvent de l’habitat et du travail ou de facteurs comme la génétique.

Le rapport envisage ainsi l’émergence de nouveaux collectifs de soins réunissant des professionnels de santé de plusieurs disciplines, mais aussi des professionnels du « care », tels que les auxiliaires de vie et les aides à domicile, qui connaissent les personnes dans leur quotidien.

De nouveaux métiers pourraient également y trouver leur place. Le CCNE cite les conseillers en génétique, chargés d’accompagner les patients dans la compréhension et l’acceptation des informations qui leur sont transmises.