10 juillet 2026 Nabil Bouamama

Présenté à WONCA Europe 2026, le baromètre d’Aldebaran s’appuie sur les données de 34 000 patients, plus de 300 000 utilisateurs en 2025, et sur une enquête auprès de 135 professionnels de santé. Il livre les premiers repères chiffrés d’un marché en structuration.

Pour les acteurs de la santé numérique, ce premier état des lieux répond à une question qui conditionne le déploiement des assistants de préconsultation par intelligence artificielle : ces outils s’installent-ils dans les organisations de soins ou restent-ils au stade de l’expérimentation ? Les données publiées par Aldebaran plaident pour la première hypothèse.

Un outil ancré dans le suivi, moins dans la conquête de patientèle

Le positionnement de l’assistant se dessine du côté de la continuité des soins : 75,7 % des consultations préparées concernent des patients déjà connus du médecin, contre 24,3 % de nouveaux patients. Un signal pour les décideurs : la valeur de l’outil se joue dans la relation médecin-patient existante, non dans l’acquisition.

L’adoption traverse par ailleurs toutes les générations, de 18 à 104 ans, avec un âge médian de 48 ans. Les femmes représentent près de six utilisateurs sur dix, avec un pic d’usage entre 25 et 40 ans (suivi gynécologique, grossesse, prévention), quand les hommes se concentrent entre 50 et 65 ans, période d’augmentation des maladies chroniques. Une répartition cohérente avec les données de l’INSEE sur le recours aux soins. Autre enseignement pour la conception des parcours :

18,6 % des consultations sont préparées par un aidant, ce qui positionne ces outils dans les prises en charge impliquant des tiers, en particulier pour les personnes âgées ou en perte d’autonomie.

La littératie numérique, dernier verrou de l’inclusion

Le taux de préparation des consultations se maintient autour de 80 % entre 20 et 75 ans, et reste supérieur à 70 % après 80 ans. La satisfaction demeure stable au fil des utilisations, ce qui écarte l’hypothèse d’un effet de nouveauté.

Reste un angle mort : 3,6 % des patients se déclarent « pas du tout à l’aise » avec un questionnaire médical. Ils répondent en moyenne à six questions de moins et affichent un taux de complétude de 65,4 %, contre 80 % pour les autres. Si 88 % des utilisateurs se disent autonomes, les auteurs identifient là des marges de progression pour les publics éloignés du numérique.

Un modèle économique qui commence à se documenter

Le sondage mené en avril 2026 auprès de 135 professionnels de santé partenaires apporte des éléments de retour sur investissement. Les médecins estiment gagner en moyenne 3,5 minutes par consultation préparée, soit deux à trois journées de consultation récupérées par mois. Le gain de temps est cité par 76,3 % des répondants, devant le confort de travail (72,6 %), des consultations mieux structurées (57,1 %), la diminution des oublis des patients (50 %) et la réduction de la charge mentale (28,6 %).

L’argument dépasse l’organisationnel : 87,5 % des praticiens considèrent que l’outil favorise une prise en charge plus personnalisée et la prévention, et 62,5 % qu’il facilite l’identification de signaux faibles. Côté finances, les répondants évaluent à 192 euros par mois le revenu supplémentaire généré, grâce à une meilleure valorisation des actes et à une aide à la cotation. Le Dr Victor Vincent, médecin généraliste, y voit un levier pour anticiper la complexité des consultations et adapter son agenda.

Une photographie, pas encore une évaluation

Le baromètre repose sur les données d’utilisation en médecine générale recueillies en 2025, deux sondages patients menés entre le quatrième trimestre 2025 et le premier trimestre 2026, et l’enquête professionnelle d’avril 2026. Il documente des usages et des bénéfices déclarés, sans constituer une évaluation clinique indépendante. Pour les industriels, les institutionnels et les professionnels de santé, il fournit en revanche des points de référence sur les conditions d’intégration des assistants de préconsultation dans les parcours de soins, et un jeu de données que les concurrents et les évaluateurs devront désormais prendre en compte.