13 juillet 2026 Nabil Bouamama

Après un premier essai mené chez 39 volontaires, un vaccin conçu intégralement par IA a démontré un profil de tolérance satisfaisant. Les chercheurs britanniques lancent désormais une étude de phase 2 pour évaluer sa capacité à induire une réponse immunitaire large contre des familles entières de virus.

Anticiper les futures pandémies

Des chercheurs des universités de Cambridge et de Southampton ont développé un vaccin conçu intégralement par IA afin de protéger contre des familles entières de virus, y compris de futurs variants ou des agents pathogènes encore inconnus. Cette approche marque une rupture avec le modèle actuel de développement vaccinal, fondé sur l’adaptation successive des vaccins à l’émergence de nouveaux variants.

Selon le Pr Saul Faust, investigateur principal de l’essai à l’Université de Southampton, les virus tels que les coronavirus, les virus grippaux ou ceux du groupe Ebola évoluent continuellement, rendant les vaccins disponibles parfois insuffisamment adaptés au moment de leur déploiement.

Un antigène conçu par apprentissage automatique

La spécificité de cette approche repose sur un antigène entièrement conçu par IA. Les chercheurs ont utilisé l’ensemble des séquences génétiques disponibles des sarbecovirus (une sous-famille de coronavirus circulant principalement chez les chauves-souris et susceptibles d’être transmis à l’humain) issues des programmes internationaux de surveillance. Des algorithmes d’apprentissage automatique ont permis de concevoir une protéine de synthèse, qualifiée de « super-antigène », reproduisant les caractéristiques communes à de nombreux coronavirus plutôt que celles d’une souche particulière.

Cette stratégie vise à déclencher une réponse immunitaire capable de reconnaître un large éventail de virus partageant ces caractéristiques, y compris après l’apparition de nouvelles mutations. Pour le Pr Jonathan Heeney, responsable scientifique du projet au sein du Lab of Viral Zoonotics de l’Université de Cambridge, cette approche permettrait de « passer d’une vaccination réactive à une vaccination capable d’anticiper l’évolution virale ».

Une administration sans aiguille

Le vaccin utilise également un mode d’administration différent des technologies conventionnelles. L’antigène est injecté dans la peau grâce à un jet microfluidique à haute vitesse, sans recours à une aiguille.

Cette technologie réduit les déchets liés aux objets piquants, nécessite un plus faible volume d’administration et pourrait faciliter les campagnes de vaccination. Le vaccin présenterait également une meilleure stabilité thermique que les vaccins à ARN messager, limitant les contraintes de chaîne du froid et facilitant son utilisation dans les pays à revenu faible ou intermédiaire ainsi que lors de réponses rapides à de nouvelles épidémies.

Un premier essai clinique rassurant

Le premier essai clinique a inclus 39 volontaires. L’objectif était d’évaluer la sécurité, la tolérance et la réponse immunitaire induite par le vaccin. Les chercheurs rapportent une bonne tolérance des quatre niveaux de dose évalués, sans signal de sécurité significatif.

Pour le National Institute for Health and Care Research (NIHR), ces premiers résultats constituent une étape vers le développement de vaccins capables d’offrir une protection durable contre plusieurs familles virales.

Une étude de phase 2 en préparation À la suite de ces résultats, les équipes britanniques prévoient de lancer un essai clinique de phase 2 afin d’évaluer la capacité du vaccin à induire une réponse immunitaire dans une population plus large et plus diversifiée.

A phase I, needle free, dose escalation clinical trial of pEVAC-PS, a candidate pan-Sarbecovirus Vaccine – Journal of Infection