Compte-rendu de la journée du 12 mai 2016

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Santé, Hôpital, Médecine : Exporter l’excellence française

Contexte
La présence internationale de la santé française – et particulièrement des secteurs hospitaliers – peut bénéficier des dispositions apportées par la possibilité, donnée aux CHU, de créer des filiales privées depuis la parution du décret d’application de l’article 42 de la loi Macron. Si l’internationalisation de la santé française existe depuis de nombreuses années sous diverses formes, tant dans le public que le privé, elle peut à présent devenir une activité commerciale et un axe stratégique majeur, autant pour certains établissements de santé que pour les entreprises françaises qui les accompagnent.

Pascal Terrasse, député de l’Ardèche et secrétaire général parlementaire de l’Assemblée Parlementaire de la Francophonie, a débuté la journée en regrettant que la santé ne fasse pas aujourd’hui partie des grands secteurs prioritaires de l’export français : « je suis convaincu, par le savoir-faire de nos hôpitaux que la France a la capacité à pouvoir s’exporter ». Or nous prenons du retard, du fait de l’accroissement de la concurrence internationale sur les marchés émergents, notamment en Afrique.

Il souligne que Business France a déjà lancé des opérations stratégiques pour la filière santé et salue les initiatives de clubs santé à l’étranger. Les grandes entreprises du CAC 40 ont également pris les devants car elles n’ont pas forcément besoin de l’Etat pour cela. Mais les PME ont besoin du soutien de l’Etat. Pascal Terrasse veut imaginer un système porteur d’avenir et faire comprendre que la santé n’est pas seulement un coût mais aussi un choix économique et stratégique. Il souligne notamment l’intérêt de la loi Macron dans ce contexte.

Antoine de Tovar, Président de l’Acodess, présente les attentes et les exigences des pays  et des bailleurs de fonds[1]. Il rappelle que les bailleurs de fonds agissent à la fois comme acteurs des politiques de développement et comme banquiers et financeurs de projets d’utilité publique. Ils importent aussi les modes de fonctionnement anglo-saxons (éléments que doivent prendre en compte les français). Les exigences des pays  et leur demande dépendent de leur situation sociale, économique, de l’état de santé des populations et de la nature de leurs régimes politique et économique. Les pays en développement, toujours confrontés aux fléaux des maladies virales et transmissibles ont des systèmes de santé  avant tout orientés vers la santé primaire, conformément aux orientations internationales. Or, ces pays connaissent aussi des transitions démographique et épidémiologique qui engendrent des besoins nouveaux. Ceux-ci nécessitent  une révision complète des systèmes de santé et le rééquilibrage entre  les fonctions curatives et de prévention, et une professionnalisation de l’accompagnement et de l’expertise extérieure.  D’importants programmes de réhabilitation, création d’hôpitaux et structures techniques seront nécessaires compte tenu du  délabrement des structures hospitalières de ces pays. Les pays en voie de développement ont aussi la volonté d’accéder à des pratiques médicales et hospitalières adaptées à leurs besoins, utilisant des technologies modernes qu’ils maîtrisent et  par des structures publiques ou privées, dans une logique double : réduire la pauvreté et développer la santé. Ils se situent en réalité dans un continuum avec les pays émergents et pays développés pour lesquels le marché de la santé est déjà très largement ouvert et multiforme, faisant appel à des savoirs faire et compétences très diversifiées.

Antoine de Tovar souligne que l’Etat français, un des principaux contributeurs des fonds et des agences spécialisées en santé, est cependant trop peu présent à l’international, malgré les programmes de financement de l’AFD et d’Expertise France. La diplomatie doit jouer une mission de veille et de soutien aux promoteurs  en matière de santé et mieux faire connaître la qualité du système de santé français, dans toute sa diversité. L’hôpital représente l’un des principaux enjeux d’exportation de la santé  et tous les experts hospitaliers (direction et professionnels de santé) ont un rôle à jouer. Il souligne toutefois les divers  freins actuels à la présence des acteurs français sur un marché en pleine croissance.

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Philippe Domy, ancien Président de la conférence des DG de CHU et ancien DG du CHRU de Montpellier, a présenté et modéré la première table ronde de la journée sur les retours d’expériences, les stratégies d’alliance et la recherche de complémentarités. Pour lui, la loi Macron permet une ouverture fantastique à l’international pour les acteurs hospitaliers. Mais il regrette qu’une part trop importante – l’autorisation administrative de créer une filiale – soit laissée aux ARS qui ne sont pas assez expertes sur l’international.

Alexander Eggermont, directeur général de l’Institut Gustave Roussy a rappelé que les pays émergents vont connaitre d’ici 10 ans une explosion de la prévalence des cas de cancers. Mais les pays émergents ne sont pas prêts à gérer cet afflux de patients. La gestion du cancer est compliquée tant du point du vue du diagnostic, que des systèmes d’imagerie et de traitement. La France a les capacités et la légitimité pour prendre une place prépondérante sur ce marché dans un contexte de demande de santé et d’expertise française de la part de ces pays. L’enjeu est de trouver les moyens financiers pour porter ces démarches internationales et de développer des programmes dans les langues nationales ou en anglais. Au Moyen-Orient, il existe des centres hospitaliers « dernier cri », mais qui ne sont pas opérationnels. L’IGR a mené un projet d’opérationnalisation d’un centre d’oncologie au Koweït en 2015. Ce projet propose de former des médecins sur place au diagnostic et au traitement des cancers les plus courants. Il propose également de repérer les cas de cancers les plus avancés et d’accueillir ces patients en France pour être traités. L’IGR a également mené des programmes dans les ex-pays soviétiques. Dans ces pays, le système hospitalier est technologiquement en retard, mais les médecins sont très bien formés. L’IRG a lancé un projet en 2014 de spécialisation de chirurgiens kazakhs dans un programme de formation des formateurs. Ces compétences acquises en France ont vocation à être diffusées au Kazakhstan. En conclusion, ces deux expériences offrent des visions différentes de ce que peut être l’exportation de la santé en France soit par la formation, soit par l’accompagnement et l’opérationnalisation de structures de santé étrangères.

Florence Veber, directrice de la délégation aux relations internationales de l’AP-HP présente la stratégie de l’AP-HP – qui est en train de mettre en place sa filiale privée. Elle souligne que pour l’AP-HP, la loi Macron, ne répond pas totalement aux attentes de simplification – notamment en matière juridique – puisque les filiales restent soumises aux règles des marchés publics[2]. L’AP-HP a développé de nombreux partenariats dans le monde et témoigne d’une longue tradition de formation de médecins étrangers. L’AP-HP a lancé plusieurs projets à l’étranger comme la construction d’un CHU français à Hanoi, la formation de médecins à la catastrophe au Brésil et en Chine ou encore la rénovation de CHU en Algérie. L’échec de certaines de ces expériences a souligné le poids des contraintes juridiques. Pour Florence Veber,  la législation actuelle ne permet pas aux établissements de santé de développer une activité internationale à grande échelle et d’être  vraiment performant face à nos concurrents qui sont tous des entreprises privées. Pour l’AP-HP, il faut résoudre les difficultés juridiques pour se développer et répondre aux demandes étrangères mais aussi ne pas partir seul sur ces marchés, et bien avec des équipes et des entreprises françaises : « Construire un hôpital ne consiste pas seulement à faire du béton, il faut construire un projet médical cohérent ».

Coralie Cuif, secrétaire générale de la FEHAP, précise que les établissements privés hospitaliers et d’aide à la personne ne sont pas concernés par l’article 42 de la loi Macron. Elle souligne que plusieurs établissements FEHAP ont déjà une expérience internationale, notamment dans le cadre de coopérations et d’accueil de patients ou de professionnels étrangers (IMM, Foch, Hôpital Américain ou Saint Joseph). La FEHAP a de plus, collaboré avec les autres fédérations, à  une plaquette qui recense les hôpitaux en mesure d’accueillir des patients étrangers. L’objectif est de diffuser cette plaquette assez largement pour que les patients étrangers puissent venir se faire soigner en France.

Charles Petitot d’Ideal Medical Product Engineering, un des intégrateurs les plus présents à l’international,  regrette que la France ait délaissé le secteur de la santé à l’export. Il présente à titre d’exemple la stratégie de l’Allemagne qui a mis en place une banque de développement, KVW et des instances d’utilisation de fonds européens comme GIZ. Les pays développés comme la France, le Royaume-Uni ou les Etats-Unis ont privilégié le développement international dans les domaines de l’énergie et de l’armement, contrairement à l’Allemagne, très présente sur les enjeux de santé. La France fait également preuve d’un manque de coordination entre les décideurs publics et sa diplomatie. Il n’existe pas d’opérateur public ou privé qui puisse assumer les coûts du développement ou monter des projets à l’international.

Roland Ollivier, directeur de l’Institut de Management à l’EHESP, a rappelé que l’EHESP est présente dans de nombreux pays du monde. Les demandes de formations de ces pays concernent notamment, la formation au management des établissements de santé. Ces enseignements prennent également la forme de formations de cadres et de dirigeants, courtes et sur mesure. L’EHESP a aussi mis en place des programmes de formation des formateurs en France comme à l’étranger. Certains futurs dirigeants hospitaliers effectuent des stages à l’étranger. L’EHESP connait toutefois des limites dans la disponibilité et dans la durée de ses formateurs. De plus l’articulation entre les différents acteurs n’est pas toujours aisée.

Philippe Domy souhaiterait quant à lui, que les DG d’hôpitaux aient la possibilité de pouvoir passer quelques années dans des hôpitaux étrangers pour acquérir une expérience internationale et que cela soit un « accélérateur de carrière ».

Eric Trottmann, chef du bureau « International, Europe et Outre-Mer » de la DGOS, s’est pour sa part félicité que beaucoup d’entreprises et d’établissements français s’exportent et participent à la diffusion de l’image France à l’étranger : Sanofi, Instituts Pasteur, Curie, Mérieux… La DGOS a également mis en place depuis 2010, un outil de de financement des partenariats hospitaliers à l’international, à travers les  MIGAC. Il constate que le nombre de projets présentés augmente régulièrement et regrette que l’enveloppe globale de 1 million d’€ ne suive pas cette tendance. Aujourd’hui les freins juridiques qui empêchaient les établissements hospitaliers de s’exporter s’effacent peu à peu. L’article 42 de la loi Macron participe à cette facilitation de l’export de santé, mais aussi le développement de l’accueil des étudiants ou des patients étrangers.

Jean-Paul Moatti, président directeur général de l’Institut de Recherche et de Développement a souligné l’exception que représente la France : elle est le dernier pays au monde à conserver des établissements publics de recherche (IRD, CIRAD, Institut Pasteur). L’IRD est également une exception dans le paysage français. L’IRD est soumis à une double tutelle, celle du Ministère de la Recherche et celle du Ministère des Affaires Etrangères.  Il y a là pour Jean-Paul Moatti une opportunité entre la diplomatie scientifique et sanitaire et les autres acteurs. Jean-Paul Moatti a également défendu une vision francophone de la recherche. La France est le 2e producteur scientifique au monde, pourtant l’impact au sein des organisations internationales n’est pas reconnu comme il se doit. La Francophonie peut jouer ce rôle. « La question n’est pas de parler français, mais de penser français » a-t-il dit. Il a de plus souligné que l‘IRD avait vocation à se situer à l’articulation entre la recherche et l’expertise. Il regrette cependant que ces deux secteurs ne communiquent pas assez.  Aujourd’hui la santé est un enjeu fondamental de la globalisation. Les maladies infectieuses se diffusent dans les pays du Nord du fait des mouvements de populations et des changements climatiques. Les différences entre Nord/Sud demeurent importantes en matière de santé, où certaines maladies que l’on soigne très bien au Nord restent le plus souvent mortelles au Sud. En conclusion, Jean-Paul Moatti a rappelé que le manque de coordination politique et de pilotage de la diplomatie sanitaire posent des problèmes à l’étranger, car les interlocuteurs étrangers ne connaissent pas le référent santé français.

Questions :

  • François Chevillard– consultant : Quelle est la place de la France dans le marché de la santé ? Quelles sont les initiatives qui permettent aux entreprises de s’adapter aux offres ?
    • Charles Petitot: La part de marché de la France sur les exportations est de zéro. Pour ce qui est de l’adaptation de l’offre, celle-ci est soumise aux normes internationales et étrangères. C’est donc la question de la compatibilité entre les normes françaises et étrangères qu’il faut poser. Pour ce qui est de la participation des PME à l’export, elle peut passer par deux leviers. Soit par la diplomatie (voyage officiel avec présence de PME) ou bien par le soutien de grands groupes.
  • Remarque de TC Nguyen – président d’une association de coopération franco vietnamienne sur son expérience au Vietnam : beaucoup de décideurs politiques français pensent en réalité que la santé est un secteur stratégique. Les médecins français de l’équipe opérant au Vietnam, sont souvent mal à l’aise pour parler de projets économiques avec leurs collègues vietnamiens.
  • Bruno Salazard, chirurgien plasticien à l’Hopital Foch de Marseille et représentant d’une ONG intervenant notamment en Asie souligne que l’environnement international doit aussi être pris en compte. Les ONG sur place peuvent apporter aux diplomates ou aux entreprises leur expertise du fait de leur professionnalisation. Il a aussi été demandé à Moattisi l’expertise française chirurgicale reconnue dans le monde, pouvait être exportée dans les pays du Sud.
    • Jean-Paul Moatti: l’IRD a un double rôle : un rôle de recherche avec les laboratoires de l’IRD mais aussi un rôle de de relais et de soutien auprès des partenaires de recherche étrangers. Le transfert de technologie prévu dans les Objectifs du Développement Durable et dans la COP 21 peut profiter aux pays du Sud dans le domaine de la médecine. Toutefois l’IRD n’a pas vocation à développer des programmes sur le terrain, mais à établir des partenariats sur le terrain.

Philippe Domy a conclu la matinée en soulignant que des partenariats pouvaient être mis en place entre les hospitaliers et les entreprises. Il appelle à la coordination des acteurs de l’offre française pour ne pas laisser échapper des appels d’offre.  Il souhaite enfin que les pouvoirs publics  repensent la part de la santé dans l’export et mettre en place une stratégie claire pour la diffuser dans le monde.

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La première table ronde de l’après-midi était consacrée aux conditions de la mise en œuvre du décret n° 2016-211 du 26 février 2016 relatif aux filiales et aux prises de participation des centres hospitaliers universitaires.

Claude Evin, ancien ministre et avocat chez DLA Piper a présenté les aspects juridiques du décret d’application de l’article 42 de la loi Macron. Les CHU sont autorisés à prendre des participations et à créer des filiales commerciales et à valoriser les résultats de leur recherche. Ces filiales ne remettent pas en cause les missions de l’hôpital, mais sont des sociétés qui relèvent du droit du commerce en cas de litiges. Claude Evin souligne que seuls les CHU à la situation financière favorable sont  éligibles à créer de telles filiales. Il faut ainsi que leur budget soit d’au moins 500 M€. Le DG de CHU agira ainsi comme un chef d’entreprise et il lui reviendra la mission de gérer la filiale commerciale. Le conseil de surveillance du CHU doit donner un avis positif pour la création de la filiale. Le DG de CHU doit aussi obtenir l’aval du DG d’ARS pour la création de la filiale.

S’en est suivie une discussion entre Michel Claudon, président de la Conférence des présidents de CME et Christophe Gautier, directeur des relations internationales de la Conférence des DG de CHU. Michel Claudon souligne la nouveauté que représente l’article 42, répondant à la légitime exigence exprimée par les communautés médicales de valoriser leur recherche et innovations, tout en insistant sur l’importance de ne pas creuser de déficit. Christophe Gautier le rejoint sur ce point et rappelle que le DG de CHU ne doit pas décider seul mais que l’équipe médicale  aussi donne son avis. Il ajoute qu’avant ce décret, les missions internationales des CHU n’étaient que des projets d’assistance. Le décret change cela et Christophe Gautier s’en réjouit. A la question de M. Claudon sur le nombre de CHU concerné par ce décret, il répond que seule une petite dizaine d’entre eux répondent aux critères financiers. Il  souligne toutefois la volonté de certains d’entre eux de s’associer pour fonder une filiale commune. M. Claudon avertit du danger d’une telle association en posant le problème des brevets et de la propriété intellectuelle. Souvent, a-t-il rappelé, les brevets ne sont pas détenus par les seuls CHU. C. Gautier insiste sur la nécessité de monter des partenariats entre les filiales des CHU et des hôpitaux étrangers pour s’inspirer de ce qui est fait dans ces structures. La présence des CHU français dans le monde est importante grâce à ces partenariats. La formation et l’accueil d’étudiants étrangers est aussi une source de rayonnement. Les dirigeants d’hôpitaux étrangers auront plus tendance à s’associer avec des hôpitaux de leur pays d’études.

Norbert Nabet apporte la vision des directeurs généraux des ARS en tant que DGA de l’ARS de la région PACA. Les DGARS ont un rôle très périphérique, a rappelé N. Nabet. Ils ont une mission de contrôle de légalité et doivent veiller que l’argent public soit utilisé à bon escient. Il souligne la volonté des DGARS de faire des CHU des développeurs et des relais de la santé française dans le monde. Les projets menés par l’IGR montrent que des choses sont possibles.

Pol Nolet, directeur du développement, Secteur Public, au sein du cabinet d’audit international Grant Thornton, présente les dispositifs financiers du décret. Celui-ci introduit une révolution institutionnelle au sein des CHU : le DG jouera désormais un double rôle de directeur d’hôpital et d’administrateur de sociétés. Dans ce cadre nouveau, P. Nolet perçoit les contraintes juridiques et financières prévues dans le décret comme un garde-fou, un contrepoids aux nouvelles compétences attribuées au DG, par l’implication du président de CME et du DGARS. D’autre part, la création de filiales, poursuit P. Nolet, est porteuse de risques financiers pour le CHU. En conséquence, le principe d’ « appréciation des risques » prévu dans le texte est très important même si la définition en reste assez floue. De plus, P. Nolet rappelle que les filiales devront nommer un commissaire aux comptes. Ce dernier pourrait être amené à exercer un devoir d’information s’il relève, à l’occasion de l’exercice de sa mission, des faits de nature à compromettre la continuité de l’exploitation. Pour rappel, cette obligation générale d’alerte est un principe déjà applicable dans le secteur privé. Poursuivant sur un autre registre, P. Nolet soulève les risques associés à l’opportunité de mettre en place des filiales communes à plusieurs CHU : au niveau de la gouvernance de ces structures, en termes de mise en commun des actifs … Des arbitrages seront en permanence nécessaires, avec des intérêts susceptibles d’être contradictoires entre établissements et avec la filiale. Michel Claudon s’interroge : comment les bénéfices seraient-ils redistribués après la prise de participation d’actifs par des CHU ?  Il reviendra à l’assemblée générale des actionnaires de la filiale de déterminer la répartition de ces bénéfices sur la base de la répartition du capital et des droits de votes. A ce sujet P. Nolet rappelle que le risque de pertes financières était lui aussi possible, et c’est la raison pour laquelle, selon lui, les contraintes du décret sont pertinentes.

Questions :

  • Pour Emmanuel Goddat – AP-HP et membre de l’Acodess, l’entreprise n’est pas dans l’ADN des DG de CHU. Il y a donc un besoin de formation commerciale et entrepreneuriale pour les DG de CHU.
    • Claudon partage ce constat. Il souligne que les études de médecine sont très denses et que des démarches aussi simples que le parcours patient ne sont pas enseignées.
    • Gautier ne partage pas ces avis. Pour lui la transition entrepreneuriale des hôpitaux a été entamée depuis longtemps.
  • Nguyen présente un projet de télémédecine – pilote en partenariat avec des hôpitaux généraux des provinces du Delta du Mekong et des PME françaises, dénommé Télémédecine Vietnam 2020, et invite ceux qui voudraient y créer des filiales avec des hôpitaux privés vietnamiens. Il pourrait les conduire dans cette démarche.
  • François Chevillard pense que l’esprit d’entreprise ne manque pas au sein des hôpitaux et regrette les dispositions limitantes du décret. Il précise que prendre des parts dans une entreprise représente toujours une prise de risque. Cela peut se traduire par un besoin de trésorerie sur les premières années de vie de la filiale.  Il pense ainsi que le regroupement des CHU pour fonder des filiales communes semble être une bonne solution, même si le décret est insuffisant sur ce point.
    • Nolet nuance en précisant que si la loi paraît contraignante, elle offre aussi beaucoup d’opportunités. Elle n’interdit notamment aucune formule de coopération entre CHU par la création de filiales par type de spécialisation afin, par exemple, d’éviter une concurrence entre les filiales.
    • Gautier se dit convaincu que l’unification des CHU sous une même bannière est la meilleure réponse. Cette solution permet de faire en sorte que le risque ne soit pas supporté par un seul établissement, mais évite aussi la dispersion des réponses aux appels d’offre internationaux.
  • Antoine de Tovar toutefois souligne qu’il faut différencier deux types de participations. Il est ainsi légitime qu’une équipe de CHU veuille des retombées sur les résultats de ses recherches. Mais l’émiettement des réponses aux appels d’offre est dangereux. Il souligne qu’en l’absence de regroupement des CHU pour répondre aux appels d’offre, aucune équipe de gestionnaires ne pouvait être mobilisée par ces structures sur le long terme.
  • Gilles Brucker de l’AP-HP indique que la demande étrangère pour plus de santé, de savoir-faire et de formation français est forte. Il a également insisté sur le fait que l’AP-HP ne voulait pas aller seul à l’étranger. L’AP-HP a la volonté de passer d’opérations d’assistance individuelles à une stratégie globale et collective. La loi Macron offre cette opportunité malgré des limites importantes.
    • Nolet explique que ces limitations sont les mêmes que celles que connaissaient le secteur privé.

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La deuxième table ronde de l’après-midi s’est focalisée sur les enjeux de la valorisation de l’innovation et de la recherche à l’étranger.

Geneviève Fioraso, députée de l’Isère, ancienne ministre de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche présente le potentiel français en matière de recherche. La France est en cinquième position dans le monde de la recherche. Ce secteur représente environ 200 000 emplois directs et 100 000 emplois indirects. C’est un secteur créateur de richesse représentant un chiffre d’affaire de 73 md€. Elle regrette que le monde de la recherche français ne s’exporte pas assez, et que les débouchés industriels de la recherche ne soient pas assez développés. G. Fioraso souligne l’importance que prennent les grands acteurs d’internet ou GAFA (Google-Apple-Facebook-Amazon) dans l’investissement dans la recherche. Elle déplore le trop faible nombre d’ETI spécialisés dans la recherche (63 contre 1 100 en Allemagne) et de brevets (700 brevets français déposés sur les 10 dernières années contre 4 900 brevets allemands). Elle insiste sur le besoin de nouvelles pratiques de recherche. Les endroits les plus dynamiques et efficaces sont les lieux où tous les acteurs (chercheurs, entreprises, investisseurs) sont présents. Elle a enfin mis en avant le conservatisme de certains chercheurs en France, sur le sujet des cellules souches notamment, et le poids de la législation sur ces questions.

Pierre Leurent, président de Voluntis et coordinateur général de l’Alliance eHealth France prône un nouveau modèle économique en France. L’un des thèmes de l’Alliance eHealth France est de créer de nouveaux espaces de santé en France, en favorisant la co-construction et l’alliance des acteurs industriels et de recherche. L’autre thème qui privilégie l’Alliance est la promotion des savoir-faire français dans le domaine de l’e-santé. La France ne dispose pas d’un catalogue d’offres de santé. Il faut donc un changement de paradigme, et changer les modes de penser. Si on veut gagner à l’international, il faut dépasser la division culturelle française entre entreprises et monde de la santé.

Bertin Nahum, président-fondateur de Medtech, expose la vision d’une PME innovante et fortement présente à l’étranger. La présentation de B. Nahum  expose la réalité du terrain et de souligner les difficultés que rencontre une PME dans ses relations avec le monde de la santé. L’objectif premier aujourd’hui est de dresser des passerelles entre le monde de la recherche et les entreprises. L’expérience de Medtech montre qu’il est difficile pour les PME de travailler avec la recherche publique et avec les établissements de santé publics français. B. Nahum rappelle que Medtech fait 80% de son chiffre d’affaires à l’étranger, et ne parvient pas à mettre en place des partenariats avec les hôpitaux français.

Christian Lajoux, président du pôle de compétitivité Médicen, explique que les pôles de compétitivité ont vocation à rapprocher hôpitaux et entreprises. Toutefois, il a souligné que les instruments ne sont peut-être pas toujours utilisés comme ils devraient l’être. C. Lajoux propose trois pistes pour développer l’innovation et le savoir-faire industriel :

  • Faire un état des lieux des domaines porteurs à l’international sur lesquels la France doit se mobiliser. Pour ce faire l’offre scientifique doit rencontrer la demande industrielle, ce qui n’est pas toujours le cas.
  • La capacité de financement de l’internationalisation doit rencontrer la demande des investisseurs.
  • Simplifier les institutions françaises pour éviter un millefeuille de fonctions qui complexifie la situation.
  1. Lajoux ajoute que les pôles de compétitivité doivent favoriser l’entrée des PME dans les marchés internationaux en créant un Erasmus des entreprises.

En réponse à cela, Bertin Nahum souligne l’importance de ne pas sous-estimer la capacité créative des entreprises françaises. Le cas de la French Tech est à ce titre très pertinent. C. Lajoux s’est dit d’accord avec les remarques de B. Nahum. Il a lui aussi rappelé que l’innovation vient aujourd’hui d’abord des PME. Il remarque que de nombreuses PME n’osent pas investir les marchés internationaux.

Questions

  • Emmanuel Goddatdemande si les hôpitaux universitaires pourront prendre un jour des parts dans des start-up dès leur création, rappelant le modèle du Small Business Act.
    • Fioraso a répondu que la valorisation était un métier. La recherche et les hôpitaux n’ont pas à faire du capital risk.

Interventions

Dominique Brunin, délégué Général de CCI International, présente le réseau de partenaires et d’entreprises de la santé Export&Santé. D. Brunin explique que trop souvent les acteurs français sont en ordre dispersé. Il est donc important de réunir et de rassembler pour vendre l’expertise française sur le marché de la santé à l’international. Soutenu par les acteurs institutionnels (Business France, FHF et le Ministère des Affaires Etrangères), ce réseau est une plateforme commune qui couvre un large champ de la santé.

Eric Ozimek, directeur de marché, a exposé l’expérience internationale de Medasys. La volonté de partager le savoir-faire français avec des établissements étrangers fut pour Medasys une expérience concluante. La présence française à l’étranger est un atout. La démarche d’externalisation du savoir-faire français démontre la force d’adaptation des entreprises aux enjeux internationaux et réglementaire des autres pays.

Denis Keener, design manager pour Bouygues Construction, souligne (dans un document transmis) l’expertise acquise par son entreprise dans les projets de santé. Bouygues Construction a ainsi développé des compétences en programmation, ingénieries technique et financière, équipements et maintenances grâce à aux partenariats public‐privé. D. Keener rappelle les avantages de l’offre française, à savoir la reconnaissance du système français de santé dans le monde, l’efficience des projets menés ou encore la capacité d’écoute et de compréhension des besoins sanitaires. Toutefois, il pointe aussi des faiblesses : l’absence d’un opérateur français ayant une expérience à l’étranger, un niveau de prix élevé par rapport à la concurrence mondiale ou bien le manque de coordination entre les acteurs. Les conditions du succès sont simples pour D. Keener : il faut avant tout bénéficier de l’appui des autorités, puis répondre de façon globale et coordonnée aux appels d’offre qui se présentent, normaliser l’hôpital à la française, mais aussi s’adapter aux normes et aux contraintes locales.

Jean-Jacques Denis, ancien député a conclu la journée en annonçant la création du club « France Médical Développement ». Ce Club vise à réunir les acteurs de la santé (hospitaliers et médico-sociaux), les entreprises du secteur, petites et grandes, et les pouvoirs publics afin de favoriser le développement d’une filière exportatrice et contribuer ainsi aux nouveaux enjeux de la diplomatie économique.

La journée a démontré qu’il y a une forte demande étrangère de santé française et que les acteurs français de la santé ont la volonté d’y répondre. Mais de nombreux freins culturels et politiques empêchent encore d’établir des partenariats entre les entreprises et le monde de la recherche et des hôpitaux. Les pouvoirs publics sont trop peu présents et il n’y pas assez de coordination politique. Le secteur de la santé n’est d’ailleurs pas considéré comme prioritaire, et de nombreux intervenants s’en sont émus. La France a pris beaucoup de retard sur l’export en santé depuis des années, mais l’article 42 de la loi Macron et son décret d’application peuvent donner l’impulsion nécessaire pour rattraper ce retard.

Retrouvez les biographies des intervenants en cliquant ici.

Contact France Médical Développement :
Benjamin NEGRE, Chargé de mission – benjamin.negre@care-insight.fr – 01 56 79 11 57

[1] Notamment : Banque Mondiale,  Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme, Union Européenne, Banque Européenne d’Investissement, Agence Française de Développement, Banque Africaine de Développement, Banque islamique, US Aid, UK Aid, GGZ…

[2] Les filiales restent des personnes morales privées, soumises en ce sens au droit commercial, elles sont également soumises au code des marchés publics dans leur rôle d’acheteur dans le cas où elles sont détenues par les CHU (publics par définitions)

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