Vieillissement et diabète : quels enjeux sanitaires, économiques et sociaux ?

18 février 2015 – Théâtre du Rond-Point des Champs-Élysées

Une matinale animée par Hélène Delmotte (Care Insight)

Gérard RAYMOND, secrétaire général de la Fédération Française des Diabétiques

site_AFDEpidémiologie – Le vieillissement de la population est responsable pour un quart dans la progression du diabète de type 2. Au-delà de 75 ans, une personne sur quatre est diabétique. L’enjeu consiste moins à ajouter des années à la vie que de la (qualité de) vie aux années.

La prévention – Elle est le premier pilier de la Stratégie nationale de santé (SNS), avec l’éducation à la santé. La prévention est essentielle et doit commencer dès le plus jeune âge, dès l’école primaire.

Le « métier de patient » – L’ensemble des acteurs – professionnels de santé, médico-sociaux… – doit nous apprendre « à être de bons patients ». On nous parle souvent d’observance mais dans certains cas, les malades diabétiques de type 2 pourraient se montrer « inobservants » car certaines recommandations de la Haute autorité de santé (HAS) ne sont pas adaptées : par exemple, la HAS recommande la réalisation de quatre hémoglobines glyquées par an mais si la première et la quatrième sont à 10, il faut s’interroger. De la même manière, faire réaliser un fond d’œil annuel à un jeune diabétique qui a une hémoglobine glyquée à 6 ou 7 ne sert à rien. Notre système de santé devrait moins valoriser le professionnel de santé qui prescrit ces recommandations de façon méthodique, que celui qui est capable d’amener le patient à baisser de deux points son hémoglobine glyquée grâce au dialogue et à une prise en charge personnalisée. En outre, pour motiver le patient à atteindre des objectifs, il est préférable de lui parler de bonus et de qualité de vie que de sanctions.

Je rêve par ailleurs qu’une association de patients puisse évaluer les professionnels de santé, les programmes d’ETP, les services de diabétologie des CHU…. Nous avons beaucoup de retard en la matière.

Education thérapeutique du patient (ETP) – La diabétologie a inventé l’ETP. Le lecteur de glycémie nécessitant une autonomie des patients, il fallait les éduquer à être autonome. J’ai connu l’ETP subie. J’étais à l’école ! Or la première posture doit être l’écoute. N’oublions pas que le patient peut avoir des dénis, des peurs, des refus. Les échanges entre patients sont souvent très fructueux. La solution peut consister à consolider ces échanges par des professionnels formés et des patients experts.

Silver économie – Première réflexion, des salariés en bonne santé produisent mieux que des salariés en mauvaise santé. L’entreprise représente donc un lieu important pour la prévention. L’AFD a par exemple mis en place des programmes de prévention et de sensibilisation au diabète dans l’entreprise.

Seconde réflexion, les industriels doivent comprendre nos besoins. Toutes les semaines, un industriel prétend révolutionner la vie des diabétiques. Il y a eu quelques évolutions mais nous n’avons finalement pas beaucoup progressé sur le fond. Les industriels doivent entendre nos besoins et travailler avec nous sur la recherche du mieux-vivre. Nous n’avons pas besoin de flicage ou des contraintes. Réfléchissons ensemble sur les dispositifs technologiques, les objets connectés, les médicaments… Les besoins des patients doivent être plus importants que les besoins des industriels.

Gouvernance – Je crois aux actions de proximité initiées par les acteurs médico-sociaux et animées par les élus locaux. Il faut redonner à ces derniers la responsabilité de l’état de santé de la population, aux côtés des Agences régionales de santé (ARS). Le milieu associatif de proximité a aussi un rôle fort à jouer. Nous n’avons d’ailleurs sans doute pas utilisé suffisamment les contrats locaux de santé.


 Catherine TOURETTE-TURGIS, docteur, professeure et chercheure en sciences de l’éducation à la Faculté Pierre et Marie Curie

L'ETP_La maladie comme occasion d'apprentissageEducation thérapeutique du patient (ETP) – L’ETP a encore besoin d’évoluer. Les exposés didactiques existent toujours.

Combattre les préjugés – Il existe des préjugés dans les pathologies métaboliques. En diabétologie, en néphrologie, en cardiologie, certains professionnels considèrent que ces maladies sanctionnent le style de vie. Ils abordent encore trop souvent les patients en leur disant « Il faut maigrir ! Et si vous n’y arrivez pas, je ne peux rien pour vous ». Le sujet malade finit par culpabiliser et ne plus rien dire. Il y a aussi des outils violents comme l’enquête alimentaire. Le terme « enquête » me choque. Il faut humaniser l’environnement des patients et les traiter en adultes. L’adulte n’apprend pas comme un enfant, en restant assis derrière une table. Il doit développer une pratique autoréflexive sur lui-même. Les personnes malades sont des autodidactes qui doivent apprendre à apprendre, et à trier les informations dans une société où les savoirs sont partout.

Travailler la motivation – La santé n’est pas un but en soi. Souvent, ce qui motive, c’est l’autre. Un patient veut rester vivant pour autrui. La santé se conjugue aussi avec un climat social et empathique. L’éducation thérapeutique, c’est le soutien du vivant. Je ne travaille qu’avec le dialogue. Nous devons identifier l’histoire qui « colle » avec les valeurs de la personne malade. « Qu’est-ce qui est le plus important dans votre vie ? ». Nous n’avons pas de caractéristique innée qui nous donnerait la capacité de nous autoréguler en santé. En outre, en diabétologie ou en néphrologie, le patient ne sent pas les symptômes, il n’a pas toujours conscience des indices biocliniques internes, ce qui suppose de mener d’autres réflexions…

France/International – En France, nous n’avons toujours pas réussi à implanter l’ETP. Elle n’est ni reconnue, ni financée. Nous vivons une transition épidémiologique sans mettre en place la transition sociale qui devrait l’accompagner.

J’ai travaillé en Californie, un état avancé en matière de santé publique. Le développement de l’ETP aux Etats-Unis date de l’après-guerre. Les populations sont aussi peut-être plus impliquées parce qu’elles sont moins bien prises en charge.

Proximité – J’ai fondé une université des patients. Je diplôme des personnes malades qui vont ensuite en former d’autres. J’ai aussi créé un Certificat universitaire de 120 heures sur la démocratie en santé afin d’apprendre à des patients à devenir représentants de usagers. Aujourd’hui, 17 millions de personnes souffrent de pathologies chroniques : il faut s’appuyer sur la dynamique des patients et aussi casser la barrière entre valides et non valides. Aujourd’hui, ce sont les valides qui dirigent tout. Or les personnes malades formées doivent être présentes dans toutes les instances de santé. C’est un combat politique. Il ne s’agit pas d’agir l’un contre l’autre mais ensemble.

L’entreprise n’est pas non plus adaptée aux personnes les moins valides. Nous avons besoin d’une organisation de travail qui reconnaisse la possibilité d’être fatigué, d’arriver plus tard, etc. C’est un effort de solidarité nationale. Tant que les valides seront aux commandes, nous n’avancerons pas. Cessons le paternalisme envers les personnes malades qui se sentent dès lors redevables… Il faut sortir de cette vision et faire évoluer toute la société.


Nadège ALLARD, Directrice du Pôle Autonomie, Bluelinea

blulinea-img1

 Nous sommes sensibilisés depuis quelques mois à l’accompagnement de personnes diabétiques. Nous réfléchissons à une offre à déployer au domicile.

En tant que spécialiste des objets connectés, nous travaillons sur le glucomètre connecté associé à des entretiens psychosociaux qui seraient réalisés par des psychologues dans le but de soutenir la personne dans la réalisation de son projet de vie, mais aussi les aidants. Notre stratégie intègre la collaboration avec les médecins et les référents pour obtenir un meilleur suivi des protocoles. Il faut aussi repérer les risques de fragilité pour créer l’offre la plus adaptée possible aux besoins des patients.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


4 − = trois